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La Revue Anarchiste n°2 (janvier 1930)
Lettres de Russie
Article mis en ligne le 25 novembre 2007

par Voline
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La
révolution russe vient d’entrer dans sa 13e année :
laps de temps suffisant pour qu’un bouleversement social, même
de cette envergure, fasse ses preuves.


en est donc, actuellement, le pays de « la plus formidable »
révolution ? Cette question revient constamment à
l’esprit d’une multitude de gens, de toutes les tendances ou
conditions sociales, qui, noyés dans des informations les plus
variées et même contradictoires, finissent par perdre
tout espoir d’arriver à une notion exacte de choses de
« là-bas ». Nos camarades eux-mêmes ne sont
pas toujours à l’abri de certains racontars fantaisistes
auxquels, trop souvent, ils ne savent pas opposer une réplique
appuyée de faits, documentées, vigoureuse.

Dans
une série d’études plus ou moins régulières,
nous tâcherons de fournir aux lecteurs de la R. A. une
information aussi précise que possible sur la situation
véritable en URSS : situation politique, économique,
sociale, etc… Cette information, nous la puiserons exclusivement
à sa source première, indiscutable, journaux
soviétiques (les « Izvestia » la « Pravda »
et autres), lettres de nos correspondants directs de toute confiance,
etc…

Avant
de commencer ces études proprement dites, rappelons aux
lecteurs quelques faits essentiels de la révolution russe, à
l’occasion, justement, de son 12e anniversaire. Cette
révision serait, sans aucun doute, utile à tous ceux
qui s’y intéressent. De plus, elle nous servirait de base pour
tout ce que nous aurions à dire ultérieurement.

Les
débuts de la révolution confirmèrent entièrement
les thèses et les prévisions des anarchistes. En effet,
ce ne fut pas un parti ni un groupe politique ou autre qui eût
commencé ou
guidé
la révolution. Elle a éclaté spontanément,
par un soulèvement général et décisif des
masses travailleuses qui finirent par entraîner à leur
suite l’année (février-mars 1917).

Aussitôt,
deux processus parallèles se dessinèrent, comme ce fut
le cas dans toutes les révolutions de vaste envergure : d’une
part, ce furent les tâtonnements, les recherches et les efforts
des masses populaires tendant à continuer la révolution,
à la faire engager sur une large voie de libre activité
populaire, en vue de grandes réalisations sociales ; d’autre
part, ce fut le ralliement en hâte de toutes sortes d’éléments
politiques cherchant à orienter la révolution sur la
voie politique, donc à instaurer un nouveau gouvernement et à
liquider le mouvement populaire libre.

Le
courant politique, aboutit, tout d’abord, à la formation de
trois gouvernements consécutifs dont aucun ne sut résoudre
les gigantesques problèmes de la révolution ni
satisfaire les aspirations des masses travailleuses. Ce furent, dans
l’ordre. le gouvernement des bourgeois et des agrariens (Milioukov,
prince Lvov), celui de la « coalition » (avec Kerenski) et,
enfin, le gouvernement socialiste de Kerenski (mars-octobre 1917).

En
attendant, le pays continuait à souffrir. Les problèmes
de la révolution restaient ouverts. Tous les gouvernements
promettaient la prompte convocation de la « Constituante »
et plusieurs choses encore. Mais tous se trouvèrent dans
l’impossibilité de tenir leurs promesses. Dans ces conditions,
un autre groupement politique surgit dans l’ombre et, fortifié
par la marche des évènements, entama une lutte pour le
pouvoir. Ce fut le parti communiste (bolcheviste).

En
même temps, l’activité libre des masses populaires
s’accentuait.. Les Soviets, les comités d’usines, les
syndicats ouvriers nouvellement formés, œuvraient sans
relâche. L’insurrection du 3 juillet 1917 fut l’une des
manifestations de cette force naissante.

Les
anarchistes cherchèrent, dès le début, à
soutenir ce courant populaire, à lui prêter leur
concours désintéressé.

Lorsque
le gouvernement de Kerenski fut définitivement discrédité,
la grande question se dressa : Que faire ? Abattre ce gouvernement et
mettre à sa place un gouvernement, bolcheviste, comme le
prêchait le parti communiste ? Ou faire pousser la révolution
vers de nouveaux horizons économiques et sociaux afin que les
masses, accentuant leur action, se rendent elles-mêmes,
définitivement, maîtres de la situation et, fassent
disparaître le gouvernement de Kerenski, sans le faire
remplacer par un autre ? (Telle fut la thèse des anarchistes).

Ce
fut le premier courant, qui l’emporta. Les masses prêtèrent
leur confiance et leur concours au parti bolcheviste. Elles lui
aidèrent à conquérir le pouvoir, dans l’espoir
que ce nouveau gouvernement « prolétaire » saura,
enfin, résoudre les problèmes de la révolution.
Deux raisons surtout expliquent l’insuccès de l’idée
anarchiste : 1° la faiblesse du mouvement libertaire (en nombre et
en coordination) ; 2° l’absence, dans le pays, d’un mouvement
ouvrier organisé avant la révolution. L’insurrection
d’octobre-novembre 1917 eut raison du gouvernement de Kerenski. Les
bolchevistes s’installèrent au pouvoir. Ils organisèrent
leur nouvel État dit « prolétarien ».

Le
seul problème qu’ils surent résoudre, par la suite,
d’ailleurs sous une forte pression des masses, fut l’abandon de la
guerre impérialiste. Quant au reste, ils y témoignèrent,
petit à petit, une impuissance égale à celle des
gouvernements précédents (problème agraire,
problème ouvrier, problème financier, etc., etc.).
Mais, — et c’est là l’essentiel, — pour que les masses
s’en aperçussent, il leur a fallu beaucoup plus de temps que
précédemment. Et lorsque, enfin, elles comprirent leur
erreur et engagèrent une lutte désespérée
conte le nouveau pouvoir impuissant, il fut trop tard : le
gouvernement ayant organisé d’avance ses forces de résistance
et de défense, le mouvement populaire fut définitivement
écrasé (mouvement makhnoviste, soulèvement de
Cronstadt en 1921, etc.). A la même époque, fut anéanti
le mouvement anarchiste.

Toutefois,
la stérilité de l’action bolcheviste et ses résultats
poussèrent Lénine à céder du terrain.
Devant la menace d’un mouvement de grande envergure, il proclama la
nouvelle politique économique (le Nep), en octroyant
ainsi une certaine liberté à l’activité
économique de la population.

Hélas !
Le sens même de cette « liberté »
fut. maintenant complètement faussé. Au lieu d’une
libre activité créatrice des masses, ce fut la liberté,
pour certains individus, de faire le commerce et de s’enrichir. Le
Nep donna lien à un nouvel essor de la bourgeoisie. En
même temps, une formidable bureaucratie étatiste et une
nouvelle bourgeoisie d’État se formèrent. Sur ces
entrefaites, Lénine mourut, (1921).

Ainsi,
en 1921, au moment de la mort de Lénine, sept ans après
la révolution d’octobre, deux faits d’une porté
primordiale, se précisèrent :


Le gouvernement le plus à gauche, le plus avancé, le
plus révolutionnaire, s’avéra impuissant de résoudre,
dans son « État prolétarien », les problèmes
de la révolution sociale. Cette impuissance aboutit à
une situation économique et sociale tellement déplorable
que l’unique moyen d’en sortir fut celui de rendre la respiration au
capitalisme privé à moitié étouffé
.


Le mouvement révolutionnaire véritable, celui des
masses en plein activité sociale, étant, lui,
complètement étouffé, une nouvelle bureaucratie
meurtrière ainsi qu’une nouvelle bourgeoisie d’État,
avide et cruelle, se sont formées et installées sur le
dos du travailleur, écrasé et exploité, plus
impitoyablement que jamais, par cette nouvelle caste de possédants
.
Notons que ces résultats confirmèrent aussi, on ne peut
pas mieux, les thèses et les prévisions des
anarchistes.

Nous
touchons au bout de notre rapide révision.

On
sait que la dictature de Lénine fut remplacée, peu à
peu, par celle de Staline qui est actuellement le grand maître
de l’URSS.

D’autre
part, la situation générale que nous venons de peindre,
donna lieu, logiquement, à deux phénomènes
principaux : à la formation, au sein même du parti
communiste, d’une opposition dite « de gauche » qui,
écœurée par l’état des choses actuel, cherche
une solution dans la suppression totale du Nep et dans d’autres
mesures peu réalisables d’ailleurs ; à la naissance d’un
courant dit « de droite » dont les partisans, bolcheviks
également, épouvantés par la ruine complète
du pays, voudraient faire accentuer la restauration du capitalisme
(dans l’agriculture, surtout), comme unique moyen de salut.

Quant
à Staline lui-même et à son entourage immédiat,
ces gens tâchent de lutter contre l’une et l’autre
« extrémités », tout en s’efforçant de
maintenir le status quo et de louvoyer entre les principes du
communisme, d’une part, et la nécessité pressante de
faire des concessions aux exigences de l’heure, d’autre part.

En
attendant, le pays dont les forces vives restent liées et la
population laborieuse privée de toute liberté, de toute
initiative, de tout, moyen d’action, le pays s’enfonce de plus en
plus dans un abîme de misère sans pareille.

Au
cours de nos éludes ultérieures, nous nous occuperons,
précisément, des détails de la situation
actuelle, et aussi des événements qui se produiront en
URSS, « au jour le jour ».

Voline




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