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La vie ouvrière n°5 (5 décembre 1909)
À travers les livres
Qu’est-ce que l’art ? par Charles Albert.
Article mis en ligne le 24 novembre 2007

par Dunois (Amédée)
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Un vol. in-16 cl, 238 pages. Prix : 3 fr. 50. — Édit. Schleicher.

On sait de quel intérêt
a été pour les Temps Nouveaux, pendant une
dizaine d’années, l’active collaboration de Charles Albert.
Dès 1896, une brochure, L’Art et la Société,
marquait son inclination pour les questions d’esthétique
populaire, de même que son livre sur l’Amour libre nous
le montrait, trois ans plus tard, préoccupé de morale
sociale. L’Art et la Société est épuisé
depuis longtemps, mais l’enseignement n’en sera pas perdu ; on
le retrouvera, mûri et approfondi, dans un volume qui ne
tardera pas à paraître et qui doit s’intituler :
L’Art pour la vie.

Mais avant d’exposer le
rôle de l’art dans la vie des peuples et des individus, il
convenait de répondre à cette question préalable :
Qu’est-ce que l’Art ? et c’est ce que l’auteur a fait
dans un petit livre paru dernièrement et qu’il faut
recommander à toutes les personnes qui, aimant l’art pour les
joies qu’il procure, se plaisent à réfléchir aux
problèmes qui naissent de lui. L’art a, de tout temps, suscité
tant de bavardages insipides de la part des pédants d’école,
qu’on se demandait parfois : N’est-il donc pas possible de
traiter cette matière avec fraîcheur et simplicité ?
Charles Albert vient de fournir la preuve qu’on en peut parler de
manière à être entendu de tous les hommes
lorsqu’on le fait avec autant d’émotion et d’amour que de
modestie et de modération. Le lieu n’est pas, dans cette revue
spécialement affectée à l’étude du
mouvement ouvrier et où nous sommes tous soucieux de ne pas
sortir de notre sphère (si vaste, mais enfin limitée),
le lieu n’est pas d’exposer et de discuter les thèses de notre
camarade.

Il en est d’excellentes,
et notamment le chapitre final (« L’ambition suprême
et le dernier mot de l’art ») me semble d’une qualité
irréprochable. Par contre, les premiers chapitres ne m’ont pas
entièrement convaincu.

Charles Albert a établi
sa définition de l’art du point de vue trop exclusif des arts
du dessin et des arts du verbe, pour lesquels la reproduction (ou
l’évocation) de la nature et de la vie humaine est un moyen
d’action absolument essentiel. Mais cette définition — l’art, imitation de la nature — précisément parce
qu’elle n’affecte que les arts qu’on peut appeler classiques,
n’est pas assez compréhensive pour être satisfaisante.
Albert l’a bien senti, aussi a-t-il cherché à l’élargir
au cours de ses derniers chapitres, en attribuant à l’art une
fonction, non pas d’imitation toute pure, mais d’exaltation, de
grandissement, d’exhaussement du réel. Pourtant, même
amendée en ce sens, la définition d’Albert ne me
persuade pas encore, parce qu’elle laisse en dehors d’elle
l’architecture et les arts industriels et que toute définition
de l’art qui ne mettra pas au premier plan l’architecture et les
industries d’art péchera par quelque côté.

Je ne sais trop si on
arrivera jamais à une définition excellente. Mais si on
y arrive, ce sera seulement en partant de ce fait que l’art n’est pas
un phénomène spécifiquement différent de
la production et de la technique. Arts et métiers sortent
d’une même souche et sont de très proches parents. Il y
a parfois plus de beauté dans l’œuvre d’un ignorant forgeron
de village que dans un tableau reçu au Salon. C’est que l’art
n’est sans doute pas autre chose que l’incorporation dans le travail
humain — quel que soit d’ailleurs celui-ci — d’un sentiment élevé
et d’une conscience supérieure. L’art commence exactement là
où cesse la routine et où, du fait de l’invention,
apparaît l’individu.

Il convient d’en finir
avec des notions de l’art qui pouvaient être vraies il y a
trente ans, avant la renaissance des arts industriels. Nous avons à
rechercher ce que l’art pourra devenir dans une société
socialiste, ou si l’on préfère, dans une société
de libres producteurs où toutes les énergies
disponibles étant consacrées au travail créateur,
bien faire son métier sera véritablement le premier
mot de l’art
.

Mais il n’y a pas, dans
le livre de Charles Albert, qu’une simple définition, et je
m’en voudrais de rabaisser dans l’esprit du lecteur une œuvre aussi
digne d’estime. On y trouvera en abondance des pages d’une éloquence
entraînante, d’une chaleur communicative et d’une vérité
parfaite, et ceci nous permet d’attendre avec confiance cet Art
pour la vie
qui épuisera la matière désignée
par le titre général de l’ouvrage : L’ART, SON
SENS ET SA PLACE DANS LA VIE.

Amédée
Dunois.


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