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Témoins n°17 (été 1957)
Lectures
Albert Camus, l’Exil et le Royaume, nouvelles, Gallimard.
Article mis en ligne le 16 novembre 2007

par Samson (Jean-Paul)
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La
Chute,
le Requiem pour une nonne, le recueil de nouvelles
que nous signalons ici, les textes actuels à plusieurs d’entre
lesquels nous avons emprunté les quelques fragments ci-dessus,
les bouleversantes Réflexions sur la guillotine (Calmann)
enfin, auxquelles nous nous réservons de revenir, voici, en
quelques mois, les ouvrages dont Camus vient de nous combler. Il y a
là une intensité de création — et d’une
création qui est en même temps témoignage —
d’autant mieux faite pour justifier l’admiration, et l’amitié,
que nulle part dans ces œuvres la vertu d’écrire ne consent
à se complaire en elle-même, mais toujours, au
contraire, demeure indéfectiblement au service de l’homme et
de la vérité.

Que
Camus se rassure : je n’ai pas l’intention de réduire
cette vertu d’écrire à la seule vertu, qui,
malheureusement tient lieu de talent à tel ou tel auteur bien
intentionné. Il apparaît même, en ce recueil de
nouvelles que constitue l’Exil et le Royaume, que la
légitime recherche d’une expression bien décidée
à ne pas commodément toujours rester de plain-pied avec
nos préoccupations courantes, peut entraîner notre ami à
des tentatives qui rejoignent, d’une façon difficile à
définir mais certaine, le problématisme propre à
l’art non figuratif. Cela apparaît déjà, au
moins en sourdine, dans le premier de ces récits, la Femme
adultère,
plus nettement dans Jonas (qui fait
songer au Chef-d’œuvre inconnu), surtout, enfin, dans le
Renégat,
d’une rigueur a peine supportable dans
l’horrible.

Je
ne sais si je me trompe lourdement, mais les textes que je viens de
nommer figurent « l’exil », il me semble —
l’évocation, pour reprendre un titre de Jouve, du monde
désert.

Le
« royaume », au contraire, c’est l’amitié
des hommes, fût elle comme dans l’Hôte — ces
pages peut être les plus fortes du livre — mise à
l’épreuve par l’absurde de cette tragédie
algérienne qui ne peut pas ne pas hanter à chaque
instant l’âme de l’Algérien qu’est Albert Camus.

Avec
l’Hôte, deux autres récits du recueil en
condensent le plus accessible message : les Muets, d’un
si profond, d’un si discret amour des humbles, et le tout dernier,
La Pierre qui pousse. J’aurais honte à le résumer.
Qu’on sache seulement qu’en un lointain Brésil, un
« Blanc », tout étranger qu’il soit à
la naïve piété des indigènes, y accomplit
le vœu (porter une pierre sacrée) de l’un d’eux, trahi
par ses forces : même sans la foi, ce qui compte, c’est
la communion — et l’amour.

J.
P. S.


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