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Anarchisme et non-violence n°1 (avril 1965)
La violence et la dérision
par Albert Cossery, Édit. Julliard.
Article mis en ligne le 8 février 2007
dernière modification le 14 octobre 2018

par Viaud (Marcel)
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Opposer la dérision à la dictature est une forme de lutte qui peut paraître futile aux yeux de certains ; dans ce roman, l’auteur nous montre qu’il n’en est rien et que la dérision bien employée peut amener la chute d’un « régime fort ».

Dès le début du livre, nous sommes dans le vif du sujet par la relation d’un incident mettant aux prises un gendarme avec un mendiant installé sur le seuil d’un immeuble cossu, bravant ainsi l’interdit des autorités. Le gendarme se précipite sur lui, l’accable d’imprécations, puis de coups de en plus brutaux et finit par le désarticuler. La foule, qui assiste à la scène, est scandalisée, horrifiée, puis soudain fortement amusée aux dépens du représentant de l’ordre, car le mendiant n’était qu’un mannequin habilement grimé, placé en ce lieu très passager par nos amis subversifs.

Au fil des pages, nous découvrons d’autres actions originales dans la forme et dans l’esprit, notamment la pose d’affiches louant à l’extrême la dictateur et aussi l’ouverture d’une souscription destinée à l’érection d’une gigantesque statue du même personnage.

Le climat, entretenu par ces actions, ridiculise le gouverneur, qui est prêt à démissionner lorsque interviennent les « révolutionnaires qui se prennent au sérieux ». Ceux-ci vont faire avorter in extremis le projet mûri par les adeptes de la dérision en assassinant le dictateur.

Nous ne pouvons faire mieux que de citer les dernières lignes du livre situant exactement l’erreur de cet attentat qui « d’un bourreau avait fait une victime, un exemple glorieux de civisme et de sacrifice pour les générations futures, perpétuant ainsi l’éternelle imposture ».

Ceci est la trame de ce roman, mais nous avons également le plaisir de découvrir au travers de personnages, dont l’analyse psychologique est bien menée, une mise en valeur de qualités humaines qui nous sont chères : sens de l’ironie, non-conformisme, goût de la liberté, amour de la vie. Nous dirons, pour terminer, que c’est là un ouvrage qui donne envie de lire les autres oeuvres d’Albert Cossery, notamment : Les Fainéants dans la vallée fertile et Mendiants et Orgueilleux.

M. Viaud


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